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L’année du Tigre par Pierre Cornuel

A l’occasion du Nouvel An Chinois, l’année du Tigre, notre professeur de dessin Pierre Cornuel nous a offert un magnifique dessin.
Nous en profitons pour vous proposer cette interview de ce professeur et artiste prolifique.

Le temps d’un déjeuner, nous avons voyagé en auto-stop avec Pierre Cornuel, peintre, illustrateur, auteur et enseignant à l’Esam Design.
De New York à San Diego, en Australie, en Italie, en Allemagne, en Grèce, au Cap Nord, en Chine, à Tahiti, jusqu’aux Îles Marquises, « l’endroit le plus éloigné par rapport à ici » nous dit-il. Ici, en cette douce matinée d’octobre, c’est un petit restaurant familial, à deux pas de notre école, dans le 17ème arrondissement de Paris. Trente mille kilomètres autour du monde, un sac à dos sur les épaules, un cahier vierge et quelques crayons dans la poche.
En échange d’un passage en voiture, Pierre Cornuel offre un portrait. C’est ainsi que son art se perfectionne, au fil du temps et des rencontres.

Je dessine tout le monde, tout le temps. Je suis un névrotique du dessin ! J’aime les villes. Être paumé à la campagne, ce n’est pas mon truc. Tu vois ces deux jeunes hommes qui se baladent dans la rue ? C’est un sujet de croquis ! Faire un portait c’est montrer que l’autre existe.

Quel est votre premier souvenir à l’Esam Design ?
J’avais dix-huit ans. Je débarquais de ma campagne. À l’époque, l’école avait des salles à Rue de la Pompe. Je me souviens que c’était très chic, il y avait des peintures de Derryx, les professeurs étaient extraordinaires. J’étais complètement terrifié.


Le design du passé et le design du futur : qu’est-ce que cela vous évoque ?

Dans le passé, c’était plus simple, tangible. Maintenant, le numérique a tout changé. Si je pense au futur, les mots qui me viennent à l’esprit sont esthétique et fonctionnalité. Pour faire la cuisine, avant on allait faire le marché avec le grand-père. Maintenant on va chez Picard ! À l’Esam Design, j’enseigne les fondamentaux aux étudiant.es en classe préparatoire. Ensuite, quand ils abordent les logiciels, ils savent comment utiliser les couleurs, les perspectives, les formes. Il faut apprendre les bases, mais il ne faut pas s’arrêter au traditionnel. Tout cela est complémentaire.

Qu’est-ce que la créativité pour vous ?
Dans mon cas, c’est quelque chose de viscéral. C’est vivre, respirer, partager. Sans le partage, il n’y a rien.

Quel est votre moment préféré dans le processus de création ?
Il y a une espèce de fièvre, d’effervescence. Ça, c’est quand tout va bien ! Au début tu rêves. Après tu dois concrétiser ton projet. J’ai montré à mes étudiant.es la technique du pinceau chinois. Tu fais tomber une goutte d’encre sur du papier absorbant, avec un petit peu d’eau… Cela crée des tâches, des formes. C’est un hasard. Ensuite, tu surfes sur ce hasard, tu improvises, avec des pinceaux de taille différente, pour matérialiser ce que tu as en tête.

Quelles sont vos sources d’inspirations ?
Mes voyages. « Le Héros », c’est après être allé en Chine. La Polynésie m’a inspiré un Roméo et Juliette sino-polynésien. Ce sont des gens qui existent, que j’ai vraiment rencontrés. J’adore raconter des histoires. J’ai commencé avec la BD, puis les albums jeunesse. Grâce à mes portraits de voyage, j’ai trouvé un éditeur et on a commencé à m’envoyer partout. Je dis toujours oui : on me demande, je pars !
Une autre grande source d’inspiration est ma fille. Pour chaque année de sa vie, j’ai dessiné et écrit un album, en l’observant avec ses amis, à la maison, au parc. « Embrouilles chez les grenouilles » est inspiré d’une dispute avec une de ses copines. Pour ses 20 ans , j’ai écrit « Chu Ta et Ta’o, le peintre et l’oiseau » .

Votre style ?
Je ne peux pas répondre à cette question. J’ai plusieurs styles, ils varient selon l’âge de ma fille ! Je suis surpris quand un artiste a un seul style pendant toute sa vie. Je crois que Roald Dahl disait « Les enfants s’ennuient vite. Et moi aussi ».

Votre devise ?
Vivre le présent, en tenant compte du rêve du passé, pour envisager l’avenir.
Quand j’étais adolescent, je me réveillais le matin et me disais : « Mais pourquoi suis-je dans ce corps ? »
J’étais – je suis – constamment émerveillé par le temps présent. En devenant adulte, on s’embourbe la tête. ( Silence. On déguste une crème brûlée)
Tu vois, quand on laisse couler une goutte d’encre de Chine, cela court sur la feuille comme un soleil noir… Le papier, l’encre, l’eau et moi, on est quatre musiciens. J’improvise, je me laisse porter. Les vagues changent tout le temps.



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